Quelqu'un joue du piano à l'étage du bas, c'est joli mais là... J'aurais préféré une chanson de pétasses, un truc qui fait remuer le bout des doigts, mais là non.
Deux longues heures que mon bouquin de latin me nargue, il me lance des défis et je me cache. J'en ai un peu marre et je suis trop lâche, alors je regarde nos photos, j'écoute nos chansons, je lis un peu de Stendhal, je m'imprègne du bouquin d'histoire mais le livre de latin, y a comme un blocage.
Le blocage il est dans cette pièce, dans cette porte en bois que je dois pousser tous les jours. Le blocage il est partout ici, même le chocolat pue, même l'eau empoisonne. Maman avait prévu pleins de paquets de mouchoirs, avec une petite phrase en me demandant de faire attention à ma santé, de bien me protéger du froid, de ne pas oublier de prendre mes vitamines C. Ce que les mamans ne savent pas, c'est que les mouchoirs servent aussi et surtout à essuyer les larmes des Nanas.
Il a beau être malade, avoir le nez tout rouge, le visage tout pâle, il a quand même du chocolat dans son sac, il m'en donne et m'en propose tout le long du trajet, il essaie toujours de changer de sujet quand il voit que je vais pleurer, il me fait rire, et tellement rire que j'en pleure. On en revient toujours aux mêmes choses ppp
Se rendre heureuse à en écouter Brel sans comprendre
Se rendre tellement bourrée à ne plus distinguer le numéro de ma chambre
Se rendre forte à laisser glisser ce qui fait peur, comme si de rien n'était.
Manon vit à Dijon, mais aussi à Chalon. C'est moche comme phrase, j'hésite à l'effacer.
Alors pour rétablir une espèce de vérité un peu douteuse, je rajouterais que Manon vit à Lyon, pas très loin de moi, qu'elle achète ses céréales dans un petit supermarché, le même que le mien, qu'il lui arrive de passer ici à l'improviste, que je réussis à la voir tous les jours, jamais par hasard.
C'est des Bisous qui claquent et des poignées de Mains qui collent.
Mon doux, mon tendre, mon Merveilleux ...




